Accueil Les Coulisses GDCSocle Lettre socle n°16 : interview de Patrice Franceschi

Lettre socle n°16 : interview de Patrice Franceschi

Ecrit par Lucile

Ce seizième numéro de Socle donne la parole à Patrice Franceschi. Quand il ne navigue pas aux quatre coins du monde, cet écrivain-aventurier s’investit dans des missions scientifiques et humanitaires, notamment en zone de guerre, en Afghanistan ou en Syrie.

Côtoyer l’humain lors de ses nombreuses expériences de terrain a ciselé en lui une fine connaissance de la confiance qu’il partage avec nous dans ce numéro de Socle.

Patrice Franceschi

« La confiance est engendrée par un acte. Ainsi instituée, elle a cette capacité formidable de générer une nouvelle action encore plus puissante que la précédente. »

Depuis  les  années  1970,  Patrice  Franceschi  a  pris  la  mer autant que les armes ou la plume pour explorer, défendre,  rendre  compte  du  vaste  monde  auquel  il s’est confronté. Écrivain-aventurier, tel est son talent et la richesse qu’il transmet à ceux qu’il embarque sur son trois-mâts La Boudeuse. Engagé en Afghanistan contre l’URSS, soutien actif des Kurdes de Syrie contre Daech,  Patrice  Franceschi  a  organisé  nombre  d’explorations  scientifiques  et  de  missions  humanitaires,  et  présidé  la  Société  des  explorateurs  français  ainsi  que  l’ONG  Solidarités International. Toutes ces expériences de terrain, sans cesse assimilées et pensées à travers l’exercice de l’écriture, ont nourri une philosophie réaliste et une bibliographie abondante. Côtoyer l’humain en des situations si variées, et souvent si risquées, a ciselé en lui une fine connaissance de la confiance qu’il partage avec nous dans ce numéro de Socle.

Vous avez publié Bonjour monsieur Orwell (Le contrôle numérique de masse à l’ère du Covid-19) (Gallimard, 2020). Quelles réflexions vous inspire cette crise sanitaire ?

Ce qui nous a menacés et nous menace encore, ce n’est pas tant le virus lui-même, aussi dangereux puisse-t-il être, que le virus de la peur, engendré à l’occasion de cette crise, et qui risque de nous paralyser encore longtemps. Pour lutter contre la pandémie, on nous a fait peur, prétendument pour notre bien. Nous n’aurions pu accepter une telle réduction de nos libertés si nous n’avions pas été terrorisés au préalable. Nous en revenons au Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, qui date pourtant du XVIesiècle mais en dit long sur la soumission des esprits que nous expérimentons. La peur domine aujourd’hui dans les pays occidentaux, annihilant toute tentative de courage. Or une société sans courage est moribonde, en passe d’être achevée. Il est par exemple compliqué de redonner à un soldat, miné par la peur d’un virus, le courage d’affronter la mort au combat.

«La crise sanitaire a fait ressortir la seule chose qui compte aujourd’hui  : vivre le plus longtemps possible, la durée primant sur la qualité de la vie. »

Or la crainte de mourir sonne l’avènement de l’esclavage. Les conséquences seront considérables. Mais nous parlons bien ici de l’Occident, car des sociétés plus rustiques, moins touchées par la marchandisation, vont certainement rebondir avec force. Nous avons été capables, par le passé, de réagir énergiquement face à des épidémies. Hélas, nous sommes entrés en des temps post-héroïques.Il est essentiel d’observer les logiques qui sous-tendent notre histoire, sans craindre d’accepter avec lucidité les fruits du constat. D’aucuns refusent l’exercice, le jugeant démoralisant, et n’osant s’aventurer au-delà d’un pessimisme dans lequel il est si facile de tomber. Pourtant, cet effort d’analyse n’est qu’une première étape pouvant conduire à un combat optimiste, nourri d’espoir. Il suffit de se décider pour cette attitude.

«Pendant longtemps, la liberté a été la valeur fondamentale de notre civilisation.»

Aujourd’hui, elle est détrônée par le désir absolu de survivre, quoi qu’il en coûte  ; le maintien de nos libertés devient donc optionnel. La sagesse grecque nous avait au contraire enseigné que la mort n’était nullement à craindre, seul l’était le fait de ne pas vivre pleinement. Il ne tient qu’à nous d’accepter de nouveau notre finitude et d’en faire quelque chose.

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